mardi 26 avril 2011

LE CHAT ET LE PIGEON


Quianchon plaisante d’un Tourquennois qui a fé cauquiez un coulon par sen cat pour avoir des biettes sauvages.


De nos jours, nous pourrions parler d'une tentative de croisement transgénique.
Vous noterez qu'en 1709 (date relative de la pasquille) nous découvrons des tourquennois amateurs de pigeons, cela donne une idée de l'ancienneté de cette tradition.



Mon Dieu, qu’on voit dans le monde
Des tours plaigeans !
Plus de cent lieux à la ronde
Un parle de Gros Jan,
Car il vouloit avoir
Des biettes sauvages.
Vous faut accouster l’histire,
Je vous en feray sage.

Che Tourquennois, faut entendre
Le maïtre des sots,
Avoit pour ses sorrices prendre
Un beau cat macot,
Et un coulon gavue
De beautez sans pareille
Un tez n’a jamais vu
Chétois une meerveille.

Che beau coulon en parure
Pourmenoit partout
Par-dessus le couverture,
Fageant rou cou cou.
Che beau cat l’approchait
Pour arracher ses plumes,
Mé le coulon s’envolait
Comme de coustume.

Le Tourquennois de ly-même
Aussi lourd qu’un viau,
Sitôt il dis à se femme :
« Nos gros cat est cau,
Il pourmeine à façon,
Ché qui n’a nen de cate.
Il veut coquiez nos coulon,
Je le voit à ses pattes :

Mé tous ce qui me désole,
Catherine Dupret,
Chez que men coulon s’envole
Quand il va tout pret.
Si se lairoit quoquier,
Nos coulon n’é nene sage,
Il auroit des jonnes marquier
De poil et de plumage.


Che trois des biettes sauvages
Qu’on a jamais vu !
Girois de ville en villages
Tout partout les rues
Au son du taburib
Criez d’une voix nette :
« Verrez pour un escalin
Une estrange biette ! »


Pour venir à ses atteintes,
A pris sen coulon
Et se l’a loyez sans feinte
Au bout de se mageon
Afin que sen gros cat
L’aroit coquiez à se n’age,
Pour avoir après cela
Des biettes sauvages.


Le coulon dessus le loge
Se sentant loyez
Battoit des zelles à grand forche ;
Se mit à crier.
Le cat l’at entendu,
A vuidiez par le feniettre,
S’a rué à cor perdu
Sur chel povre biette.


Il a dit à Pierre Delegauque
« Vient vir tout priez :
Asuurément vela qui le caque,
Il l’a par le toupet.
Mé le cat sans fachon
Sans faire un moment d’alte
A estrannez le coulon
Tout comme une ratte


Le cat s’enfuit à la hatte
Tout esouvantez.
Il estoit loyez par le pate,
Ne l’a pu emporter !
Le Turquennois a dis :
« Il a fez les afaire bonne :
Devant quinze jours d’icy
J’aray des beaux jonnes ».


Le femme dit tout en rage
« A ! Biette que tez !
Vela du drôle de caucage :
Il l’a estrannez ! »
Le Turquennois d’abrd
Il monta par adresse ;
Quand il vit qu’il estoit mort,
Il queu à la renverse !


C’estoit un’pitié de vire
Le mère et l’enfant
Braire comme des martires
En se lamentant,
« Car nous ne verront plus –
Ah ! queule morte estrange –
Nos povre coulon gavu
Roucoulez sur le grange ».

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